2 avril 2024

Soutien au monde agricole

Agir ensemble à tous les niveaux de pouvoir pour une agriculture rémunératrice et durable

Pour Ecolo, il convient de refuser un modèle qui repose sur l’épuisement des ressources naturelles et des travailleurs et travailleuses du monde agricole. Cela implique de choisir un modèle qui nourrit tout-le-monde, protège les ressources naturelles, le climat et la biodiversité tout en rémunérant correctement les producteurs. Parallèlement il s’agit de s’emparer de notre avenir alimentaire plus local, plus digne, plus démocratique aussi.

Constater et admettre ce qu’il faut remettre en cause

Comme nous l’avions mis en exergue en 2021 lors d’une soirée intitulée « l’indispensable rencontre des agriculteurs et des écologistes »…Il est de plus en plus clair aujourd’hui que le monde agricole a tout à gagner à réconcilier agriculture et écologie. Les infrastructures agroécologiques (= consacrer une partie des terres agricoles à la biodiversité avec des haies-arbres-mares-terres laissées en jachères), la réduction des intrants chimiques, la limitation de la taille des parcelles, le maillage écologique ( instaurer des zones dédiées à la biodiversité au sein de la matrice agricole ), les rotations ( la rotation permet d’améliorer la fertilité des sols et de lutter contre certaines maladies et ravageurs) et jachères ( maintenir inutilisée pendant une certaine période une surface pour lui permettre de reconstituer ses réserves en eau, sa capacité de production. Le but est également de limiter la surproduction agricole) sont en effet nécessaires pour assurer la résilience du métier. De même privilégier la relocalisation alimentaire ici, en Europe et partout ailleurs est un axe central pour l’avenir.

La crise agricole actuelle est loin d’être nouvelle. La même crise est ravivée depuis des décennies sans que les fondamentaux ne soient vraiment traités. De manière résumée, c’est le modèle économique qui sous-tend notre modèle alimentaire qu’il faut revoir ( et pas les mesures environnementales …comme certains aiment à le souligner alors que le risque de la crise actuelle serait de faire de la biodiversité la grande perdante). Ce modèle met sous pression les agriculteurs au bénéfice d’une minorité qui en profite et qui a intérêt à ce que rien ne change. C’est bel et bien le modèle agro-industriel dominant et écrasant qu’il faut remettre en cause. La cible de la colère en réalité, c’est la politique néolibérale portée par les partis de droite et soutenue par les centristes. La crise agricole met en évidence la nécessité pour les agriculteurs.trices de se réapproprier leur métier, leur estime de soi, leur liberté, le juste prix pour leur travail. Victimes de ce système agro-industriel destructeur, il.elle.s sont nombreux à exprimer une colère aux racines profondes. Les manifestations sont celles de femmes et d’hommes en difficulté de revenus, sous-payés. Politiques et citoyens ont le devoir de s’intéresser à ce qui se passe et le devoir de participer au changement. S’ il est important aussi de ne plus diviser voire d’opposer les agriculteurs.trices en fonction de leur choix ou de leur modèle, il faut essayer de comprendre les freins à la relocalisation pour tenter de les lever. Et, œuvrer à stimuler la transition des systèmes de production comme des systèmes de consommation alimentaire. Les mangeurs.euses doivent en effet prendre leur part de participation au changement. Les familles les plus aisées doivent davantage soutenir les producteurs locaux. Et, des modèles doivent être pensés, expérimentés améliorés pour que les familles les plus précarisées ne doivent pas sans cesse tendre la main. La SSA ( Sécurité Sociale Alimentaire ) en est un. Nous devons les emmener avec nous dans la transition.

Et à Genappe, où en sommes-nous ?

Aujourd’hui Genappe compte une soixantaine d’exploitations. 2 fois moins qu’en 1990. Le métier se raréfie, partout, et c’est toute la chaîne alimentaire qui est donc en danger. Combien seront-ils.elles encore dans 20 ans ? Le malaise est partout et ce compris à Genappe commune à l’identité rurale et agricole forte. Pour rappel notre territoire est en effet le plus étendu, le plus rural et le moins dense de la Province.

Face à la paupérisation d’une partie du monde agricole, face aux impacts du changement climatique et à la dépendance aux industries de l’agroalimentaire et de la grande distribution…un cap ambitieux doit être pris pour répondre à la colère du monde agricole. Et, les communes comme la nôtre sont elles aussi concernées par ce cap. Nous devons optimiser des solutions qui existent déjà : agriculture bio, agroécologie, circuit court et commerce équitable. Encourager, protéger et soutenir ceux et celles qui opèrent une transition sur le long terme vers une agriculture durable et résiliente aux bouleversements climatiques et phénomènes météorologiques extrêmes, de plus en plus fréquents et intenses. Créer un réseau de confiance entre tous les acteurs de notre territoire afin d’agir sur tous les leviers de la relocalisation ( Pour rappel… 6 ans que l’on attend l’étude de faisabilité d’une cuisine collective -pourtant promise en 2018- au service des cantines scolaires, des crèches, des repas distribués par le CPAS, ….). ll va falloir aussi se protéger des investisseurs de plus en plus puissants qui font augmenter le prix des terres et empêcher alors une agriculture qui passerait aux mains de la grande distribution. Empêcher aussi l’urbanisation de toute terre agricole ( souvenons-nous de l’intention inacceptable-freinée par les citoyens-des agriculteurs et l’opposition politique- du collège de Genappe en 2022 de construire son futur bâtiment pour le service travaux sur des terres agricoles) ; et, améliorer l’accessibilité à la terre ce qui nécessite une politique pro-active de notre commune et de son CPAS ( propriétaire de 300 hectares te terres). Enfin….il s’agira de soutenir la jeunesse ; soutenir ceux et celles qui se lancent, qui essaient des filières nouvelles et ce compris le maraichage. il s’agit aussi d’appliquer les recommandations, connues depuis des mois ( juin 2023 ), de l’ enquête auprès d’une trentaine d’exploitants agricoles. Ces recommandations, validées par la commission et la ville sont :

  • Apporter du soutien face au poids administratif et financier
  • Mettre en œuvre des pistes de diversification, de construction de nouvelles filières tant de production que de commercialisation.
  • Démultiplier le lien social entre tous les acteurs; renforcer la communication, l’information. Les consommateur.trice.s doivent effectivement être informés, voire éduqués afin de poser des choix de consommation éclairés.

Depuis des années, Genappe dit, sur papier, sa volonté d’accompagner les agriculteurs.trices dans une transition raisonnée et les circuits courts ; de réussir les enjeux environnementaux en s’appuyant sur le développement durable. La majorité exprime cette volonté met tarde à passer à la vitesse supérieure, celle de l’action. Aujourd’hui la seule action prévue concerne une enveloppe de 15 000 euros pour la sensibilisation. Espérons qu’elle soit la mieux ciblée possible, la plus objective et la plus efficace. Renouvelée aussi, chaque année. Pas de one shot ! A Genappe nous en sommes donc encore au stade des constats. C’est pourquoi, nous redemandons au travers de la motion « Soutenir -activement- le monde agricole » et ses 17 demandes concrètes…que Genappe quitte son statut quo.

Genappe doit soutenir ceux et celles qui produisent de la nourriture mais aussi les mangeur.euse.s

Les défis actuels comme la perte de biodiversité, le dérèglement  climatique, la dépendance à une météo de plus en plus imprévisible, la nécessité de s’adapter aux canicules et inondations, la diminution du nombre d’agriculteurs, leur stress, leur épuisement, leurs charges administratives ou encore leurs faibles revenus, obligent en définitive notre commune rurale de Genappe à se positionner clairement en soutien du monde agricole. Dans ce cadre notre groupe propose donc cette motion au collège. Elle doit être votée favorablement en conseil communal afin de pouvoir être appliquée. Ses 17 articles ( repris en fin de cet article) ciblent le respect accru de 3 cibles: les agriculteurs.trices, l’environnement, les « mangeur.euse.s.

Les 8 premiers sont des demandes à relayer au gouvernement fédéral et/ou wallon. Ces points vont majoritairement dans le sens des revendications exprimées lors des manifestations ; exprimées aussi en cours d’enquête et après l’enquête. Ces 8 points expriment dès lors un réel soutien au monde agricole en général (et à celui de Genappe en particulier). Concernant les 9 autres points, ils sont adressés à la ville de Genappe…et relèvent de décisions du collège et du CPAS…puisqu’il s’agit de propositions en lien avec les appels d’offres, en lien avec des événements communaux, en lien avec l’accès à la terre, en lien aussi avec l’échevinat de l’enseignement.

Un point, le dernier, concerne aussi directement la commission puisque nous proposons un accord de principe quant à l’élargissement de sa composition en vue d’une plus grande représentativité de ses membres ( ouverture au GAL, ouverture aux maraichers, ouverture à tous les modèles agricoles de notre territoire).

En conclusion, les communes doivent faire leur part; la nôtre, très rurale, doit ouvrir la voie.

Nous comprenons la colère et rejoignons les agriculteur·trices wallon.nes dans leurs revendications. Et comme il faut agir ensemble – agriculteurs, producteurs, vendeurs, citoyens, associations, politiques – pour une agriculture rémunératrice et durable, nous demandons à la commune de Genappe de s’emparer de nos propositions. A terme il s’agit d’atteindre une certaine autonomie alimentaire. Pour cela il faut se fixer des objectifs opérationalisables et des échéances. Il faudrait enfin se poser la question de la pertinence d’une commission agricole ou plutôt d’une commission élargie en commission agricole et alimentaire incluant alors aussi les distributeurs, les consommateurs, les collectivités.

 

Anne Beghin
Conseillère communale
Membre de la Commission agricole de Genappe

 

Quelles sont concrètement les propositions d’Ecolo dans sa motion de soutien au monde agricole ? Découvres les articles de notre motion.

8 demandes sont destinés aux autres niveaux de pouvoir que le niveau communal dont les contenus seront alors transmis vers le(s) niveaux de pouvoir ad hoc

Article 1. D’informer le Gouvernement wallon et le Gouvernement fédéral que la Commune de Genappe se positionne fermement en faveur d’une application des normes européennes et nationales aux productions de viandes et de végétaux importées et de l’introduction de clauses-miroirs dans les traités internationaux afin de lutter contre la concurrence déloyale et les impacts négatifs sur la santé des consommateurs et des producteurs nationaux. Et que la commune de Genappe préconise de refuser tous les accords de libre-échange mettant en danger notre agriculture et sa transition, notamment le traité du Mercosur.

Article 2. De demander à la Task Force mise en place conjointement entre le gouvernement fédéral et le gouvernement wallon d’ instaurer des mécanismes de protection de la rémunération des agricultrices et agriculteurs (loi d’interdiction de destruction de valeur dans la chaîne).

Article 3. De demander au gouvernement fédéral de plaider auprès de l’Union Européenne pour instaurer une exception alimentaire afin de déroger à la concurrence internationale et –privilégier la relocalisation de l’agriculture en Europe et dans le reste du monde– des produits locaux afin de garantir le développement d’une chaîne d’approvisionnement aussi locale qu’efficace pour améliorer le tissu socio-économique et sécuriser les besoins alimentaires des la populations.

Article 4. De demander au Gouvernement fédéral de travailler à davantage de clarté et d’harmonisation pour les vaccins des animaux destinés à l’export ou à l’import.

Article 5. De demander au gouvernement fédéral de soutenir une régulation du marché ainsi que l’établissement de prix minimum garantis pour permettre des prix justes et stables.

Article 6. De demander au gouvernement fédéral de supprimer la TVA sur les aliments biologiques produits localement et d’élaborer les bases d’une politique de solidarité via une Sécurité Sociale Alimentaire (SSA). (Il s’agit d’une proposition qui s’inspire de la sécurité sociale de la santé avec notamment redistribution de l’argent selon 2 canaux : Une somme aux « mangeurs »- budget à tou.te.s pour manger dignement et une somme au pouvoir public en soutien des filières respectueuses, justes ).

Article 7. de mettre en place une politique efficace pour stopper l’augmentation du prix des terres, et garantir la préservation des terres agricoles.

Article 8. De sensibiliser le Gouvernement wallon et le Gouvernement fédéral quant à la nécessité d’une simplification administrative en faveur des exploitants agricoles nationaux et en particulier wallons.

9 demandes sont destinées au pouvoir communal de Genappe

Article 9. De s’engager à continuer à valoriser davantage l’utilisation des circuits courts, la consommation locale et les produits bio. Et ce auprès tant de l’administration communale que des citoyens et travailleurs de Genappe lors de tous les événements communaux et associatifs ; lors des marchés des producteurs locaux ou encore dans le contenu du colis annuel destiné aux aînés. Également aussi sur le site internet de la ville, sa page Facebook ainsi que dans des publications régulières du journal de la ville.

Article 10. D’inclure dans nos marchés publics des critères de saisonnalité des aliments.  –pour les fruits et légumes.

Article 11. D’inclure au programme des écoles communales (et d’inviter les écoles libres et l’école NESPA à suivre cette tendance) la possibilité de visiter les fermes productrices ou les sites de maraichage de la commune (1 visite minimum/ école /an) pour sensibiliser les enfants à la production locale et de saison.

Article 12. De s’engager à inscrire la commune de Genappe dans la campagne « Commune du commerce équitable » menée par OXFAM qui encourage les communes à choisir des produits de consommation issus du commerce équitable (notamment pour le café, chocolat, les jus de fruits) – pour des produits de base qui ne sont pas locaux. Et ce comme de nombreuses communes wallonnes dont pour la Brabant wallon : La Hulpe, Nivelles, Rixensart, Ottignies-LLN et Wavre.

Article 13. De favoriser l’attractivité du métier, notamment sur les enjeux de transmission des fermes (formation, sensibilisation, rencontre).

Article 14. De faciliter l’accessibilité à la terre en envisageant la possibilité de mettre à disposition les terres agricoles communales, en collaboration avec le CPAS ( qui pour rappel dispose de 300 hectares), avec des clauses environnementales et de mise en place de circuits courts afin de soutenir les exploitant.e.s agricoles, notamment via une collaboration avec l’ASBL « Terre en vue ». ( agriculture familiale).

Article 14 bis. De s’engager à ne pas « confisquer » une terre agricole, d’en détourner sa fonction nourricière au profit de projets et/ou bâtiments privés ou communaux.

Article 15. D’appeler à poursuivre la nécessaire transition vers une agriculture plus durable et plus résiliente avec tous les acteurs et actrices de terrain dont le GAL.

Article 16. De marquer un accord de principe pour ouvrir la commission agricole de Genappe dès 2025 aux maraichèr.e.s, ainsi qu’à une plus grande représentativité des modèles agricoles présents sur notre commune (conventionnel, raisonné, bio, en reconversion, avec transformation sur place, avec vente direct, etc.), -avec une répartition élevage et cultures-,  et au coordinateur du GAL des 4 bras. Et ce en vue de constituer une commission suffisamment représentative du milieu et que les échanges entres les agriculteurs soient plus vertueux.Il s’agit ici de faire de la commission un espace suffisamment représentatif, ancré dans les différentes réalités, porteur de transition.