Pour une écologie pirate. Et nous serons libres.

De Fatima Ouassak. Editions la Découverte, 2023

La politologue Fatima Ouassak propose une approche sociale et écologique radicale, aux antipodes
de l’écologie Bobo des classes moyennes et supérieures blanches…. permettant à certains de
s’adapter aux changements (pour que surtout rien ne change…que la vie d’avant soit la plus
préservée…). Et en définitive de maintenir un certain niveau de confort aux plus nantis au détriment
de nombreux autres. Dont les plus précarisés, jamais vraiment libres et sous contrôle permanent.

Aujourd’hui nous connaissons deux luttes, en parallèle : L’extrême droite et l’urgence climatique. Et
si Fatima Ouassak parle d’écologie pirate et de pirates (référence au célèbre Manga One Piece), ce
n’est certainement pas du luxe face aux ennemis de l’extrême droite ! L’écologie populaire qu’elle
décrit est l’écologie portée par et avec les milieux les plus populaires dont leurs enfants. Les aider à
s’ancrer là où ils vivent. Réenchanter les lieux de vie des enfants. Repenser alors les villes et les
villages de leur point de vue, à hauteur d’enfant. Repenser, dès le niveau local, l’école, tellement
basée sur la performance qui reproduit les inégalités. Les enfants ne vivent-ils pourtant pas mieux
dans un climat solidaire plutôt que dans un climat prônant le toujours plus, toujours mieux que
l’autre. Et si les enfants reviennent souvent chez Fatima Ouassak c’est parce que cette dernière est
persuadée que ceux des quartiers populaires sont dans nos pays européens les plus vulnérabilisés,
les plus touchés par les désastres écologiques. Et que nous allons devoir leur rendre des comptes.

En ce sens Fatima Ouassak revendique un projet écologiste permettant de prendre le large en quête
de davantage de libertés. Ce projet aux multiples facettes qui propose la convergence des luttes
écologiques et sociales (féminisme, antiracisme et anticolonialisme) c’est donc celui de l’écologie
pirate, qui mêle sans cesse la question de la liberté et la question de la terre. On ne subira pas de la
même façon les effets du dérèglement climatique selon que l’on se trouve sur tel ou tel territoire,
plus ou moins bétonné, pollué, densifié, inondable. Les inégalités étant ainsi exacerbées par les
bouleversements écologiques.

L’autrice développe son propos en critiquant ce système colonial-capitaliste et en militant pour une
écologie qui doit devenir une question populaire. Ainsi, une véritable écologie ne pourra exister
qu’avec ceux et celles qui sont le plus menacés par le désastre environnemental (alimentation
industrielle, pollutions multiples, environnement bétonné, etc.) à savoir, à nouveau, les enfants.

Cet essai pertinent et bousculant invite aujourd’hui plus que jamais à la réflexion et la poursuite des
luttes. Pour Fatima Ouassak, le travail militant consiste à fabriquer du commun, à créer des ponts.
Nous devons donc oser nous affirmer en tant que militants écologistes de gauche, bousculer,
emmener les autres dans des rêves et des utopies, défendre une écologie qui casse les murs et les
frontières, qui réunit, qui crée un militantisme joyeux. Bref nous approprier l’écologie populaire.

Anne Beghin.

>> Lien: Pour une écologie pirate et nous serons libres de Fatima Ouassak aux éditions La Découverte

L'ÉCOLOGIE PIRATE : UN PROJET DE RÉSISTANCE POUR SE LIBÉRER