1 octobre 2021

Maintenir nos objectifs de relocalisation: c’est vital

Salle comble et échanges denses

C’est devant une salle du Monty de Genappe pleine qu’a eu lieu le vendredi 24 septembre cette première rencontre entre écologistes et agriculteurs sur le thème de la relocalisation agricole et alimentaire.  Initiée par la section locale Genappoise d’Ecolo et la Fédération des jeunes agriculteurs (FJA), la soirée se voulait une première étape dans le dialogue entre des interlocuteurs qui s’ils se croisent souvent dans nos campagnes, ne se comprennent pas toujours restant souvent sur la défensive.

Le public composé d’une grande majorité d’habitants de la commune comprenait également des agriculteurs aux pratiques diverses, des maraichers en reconversion, des porteurs de projets innovants et quelques politiques tels les députés écolo régionaux et fédéraux Hélène Ryckmans et Albert Vicaire. Le panel d’invités autour de l’animatrice Sophie Brems était composé du député européen écologiste Philippe Lamberts, des Pr. Philipe Barret et Philippe Bodson respectivement de l’UCLouvain et d’Agro Gembloux et du jeune agriculteur et président de la FJA Pierre André.

Après une première partie consacrée à un état des lieux assez catastrophique où entre difficultés de l’accès aux terres, nouvelle Politique Agricole Commune (PAC) et traités de libre-échange, une agriculture plus locale peine à trouver sa place, la suite du débat a montré que les solutions concrètes restaient pour une bonne part à inventer.  On notera parmi les pistes, celle du Pr Baret pour qui la mise sur pied de cuisines collectives desservants crèches et écoles permet de sécuriser un premier cercle de producteurs locaux.  La suite du débat s’est révélée riche et parfois complexe, entrecoupée par les questions du public.

Les intervenants et les spectateurs se sont ensuite retrouvés pour poursuivre les discussions autour d’une assiette de produits de Genappe.

Pour aller plus loin :

  • Les enseignements tirés de cette conférence–débat furent nombreux.

Les intervenants ont présenté un état des lieux relativement sombre.

La soirée a permis une prise de conscience de la complexité des réalités.

On ne sait dire aujourd’hui dans quel sens penche la balance entre une agriculture industrielle, exportatrice, friande de circuits longs (qui méprisent les écosystèmes, les enjeux climatiques et sociaux) et une agriculture de plus petite taille, plus verte, relocalisée.

La prochaine PAC ne va pas dans le bon sens et continue à mettre en évidence ses contradictions, freins et limites: «80% des subventions européennes bénéficient à 20% des exploitations agricoles les plus grosses (… ). La PAC enferme, conditionne tout et représente un désastre pour le Green deal » a expliqué l’euro-député Philippe Lamberts.

Dans ce contexte, de nombreux agriculteurs ont perdu leur autonomie et dépendent de subventions. Ils peuvent se sentir coincés alors que la relocalisation leur permettrait de retrouver une fierté et des marges. Au-delà des initiatives locales, la problématique est largement transversale faisant intervenir consommateurs, transformateurs, intermédiaires multiples et producteurs. Elle est aussi multi-échelle depuis la ferme desservant une clientèle locale jusqu’aux accords internationaux qui incitent aux échanges transcontinentaux.

La relocalisation agricole concerne tout le monde (citoyens-consommateurs, agriculteurs, politiques) et a un impact sur de nombreuses réalités (climat, biodiversité, alimentation, santé).

Notons que la relocalisation oblige de s’affranchir (et ce que l’on soit un consommateur ou un agriculteur) des marchés mondiaux, exportateurs et hyper productivistes.

Mais…Philippe Barret souligne une absence totale de plan d’action à quelque niveau de pouvoir que ce soit. « On n’a pas de projet. Or il faut planifier, avoir un vrai projet de relocalisation, et réfléchir à quels produits, quel rythme, quelles échéances ? »

Retenons aussi d’entrée de jeu lors de cette soirée une grosse interpellation des citoyens et de leur rôle « Le citoyen doit faire travailler son cerveau et s’intéresser au système » ; «Il doit s’interroger sur le vrai prix des choses, on gagnerait tous à plus de transparence »… Pour soutenir cela « il faut par exemple faire interdire la publicité pour la malbouffe, sevrer les gens de ce type de pub » explique Philippe Baret.

  • Mais… les solutions locales restent à inventer

Personne ne sait exactement ce qu’il faut faire ni par où commencer. Toutefois, le premier levier pour relocaliser serait la mise en place de cuisines collectives au sein des communes au profit des crèches, des écoles, des homes et CPAS. Pour Philippe Baret il s’agit d’une première piste très concrète car elles nécessitent des volumes de produits que les agriculteurs peuvent garantir. Il s’agit d’une réalité qui pourrait en ce sens les motiver et les sécuriser.

Attention cependant à développer des structures à une échelle adaptée : le Pr Bodson a dans ce sens pointé l’importance d’une taille critique intégrant la préparation des légumes de manière rationnelle pour éviter un bilan énergétique global contraire aux objectifs poursuivis.

Au niveau des Provinces et régions, l’heure est également à la simplification.

On a beaucoup trop complexifié la chaine. Par exemple il faut en Région wallonne des meuneries, des légumeries et des casseries pour œufs.

En conclusion

Alors que la prochaine PAC n’encourage pas la relocalisation ni la reconversion et apparaît comme catastrophique pour les petites exploitations, l’agriculture familiale, les néo-cultivateurs, les écosystèmes ;

Alors qu’il semble qu’on ne puisse nullement compter sur l’Europe aujourd’hui;

Alors qu’il n’existe pas de planification de la relocalisation ;

Le niveau communal -et supra communal- semble le niveau de pouvoir qui concrètement peut mettre les choses en place. Nous regrettons alors l’absence des décideurs locaux à ce type de débat sur la relocalisation qui inclut d’office les politiques communales. En effet il faut envisager l’accès à la terre de manière nouvelle et dès à présent étudier des perspectives concrètes telles que celles de la cuisine collective mais aussi la création de marchés couverts/Halles de producteurs locaux ; le développement des marchés hebdomadaires ; ou encore pourquoi pas la création d’un service agricole citoyen…

Du côté des écologistes du Lothier, le lien est (re)créé avec le monde agricole, nous devons dès lors le consolider au profit d’avancées concrètes.

 

Découvrir l’entierté des échanges de la soirée, c’est possible en cliquant sur le lien ci-dessous :

Anne Beghin, chef de groupe Ecolo Genappe
Thierry Ferracin, Co-président Ecolo Genappe

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