Désillusion

Publié le mercredi 8 octobre 2014

La désillusion

Aux termes de deux années au sein du Conseil communal, je me rends compte que ce qui sépare notre groupe politique Ecolo de celui de la majorité MR, touche à des valeurs qui sont diamétralement opposées. Si on peut trouver que la diversité des points de vue politiques enrichit ou devrait enrichir les projets d’une commune, on peut aisément s’inquiéter de trois choses qui accentuent fortement cet écart de valeurs à Genappe.
- La lenteur et son risque d’inertie.
- Le manque d’intérêt pour des valeurs que nous écologistes défendons comme la durabilité, l’innovation, la créativité et la vision globale de la collectivité.
- Le refus du débat.

En deux années nous nous sommes battus sans succès en faveur du cadre éolien. Nous avons réussi à ce que soit mise en place la commission enseignement au profit des acteurs de l’école, et des enfants d’abord. Sous notre impulsion la commune de Genappe rejoindra les communes partenaires des territoires de la mémoire afin de lutter contre les idées d’extrêmes droites. Nous avons fait voter la mise en place du premier conseil communal des enfants.

Mais il y a bien un mais….le premier conseil de enfants ne verra pas le jour avant mi 2015, la commission enseignement que nous souhaitions ambitieuse n’aboutira pas à grand-chose dans la version minimaliste et fourre-tout proposée par la Ville.

Nous avons également demandé que le concept des classes de neige soit étudié et évalué. Promise il y a plus d’un an, cette évaluation n’a toujours pas eu lieu.

Il y a un an nous demandions aussi une évaluation des repas Sodexo qui faisaient alors leur triste entrée dans nos cantines scolaires, forts d’un marketing sans faille. A ce jour, il n’y a toujours eu aucune évaluation en réponse à nos inquiétudes quant à la qualité et l’origine des produits.

Nous critiquons aussi des choix et d’autres qui ne répondent pas aux valeurs qui sont les nôtres. Nous marquons ainsi notre désaccord quant aux choix récurrents pour les excursions proposées à Disneyland Paris ou autre Parc Astérix.

Concernant la jeunesse nous ne voyons rien venir et nous craignons dès lors que Genappe rejoigne tristement les communes "jeunes exclus". Nous nous opposons systématiquement aux projets « tout à la voiture ».

Concernant l’usage des pesticides nous constatons un manque d’anticipation de la Ville à trouver des solutions alternatives. Alors que d’autres communes essaient et testent d’autres solutions afin de correspondre aux exigences européennes.

Nous avons fortement critiqué les colis à destination des pensionnés tant au niveau de leur sens (pourquoi pas plutôt un colis de bienvenue aux nouveaux arrivant de notre la commune) qu’au niveau de leur contenu. Alors que nous avons la chance d’avoir des producteurs locaux (fermes, apiculteurs, boucheries artisanales, producteurs de bières, d’alcool de noisette ou de macarons), la ville offre des colis qui flirtent avec le colis promotionnel pour des marques telles que Zwan ou le colis survie pour scouts à la retraite. Le tout pour la modique somme de 30 000 euros !

Enfin combien de fois sommes-nous invités à voter pour des rénovations ou des travaux en tous genre pour les bâtiments communaux (services communaux, écoles, espace 2000, etc). Difficile de voter quand le constat est lourd : Il n’y a pas de vision globale ni durable des travaux. On remplace des châssis par ci, une chaudière par là… mais on n’isole pas. Sans parler des bâtiments qui devaient être temporaires comme ceux de l’Espace 2000.

Dernièrement nous nous sommes exprimés en faveur de la culture à Genappe. Le paysage socioculturel s’étant métamorphosé ces dernières décennies, il nous semble fondamental de proposer une vision culturelle forte, globale, innovante et citoyenne. Vision dont nous ne sentons aujourd’hui ni les contours, ni les perspectives. Et quand on constate dans quelles conditions l’équipe du Centre culturel de Genappe travaille, dans un bâtiment devenu insalubre, nous sommes en devoir de nous inquiéter.

Régulièrement la majorité de la commune nous fait part du Grand dossier de la législature. Au rythme des saisons et des avancées Le Grand projet de la législature change. Nous en avons identifié trois. Nous ne pouvons que les approuver et les encourager tant ils correspondent à de vrais besoins.

La nouvelle crèche de Bousval est présentée comme un superbe projet par le bourgmestre. Cette crèche sera installée dans une toute nouvelle construction basse énergie, à côté du cimetière de Bousval. Le coût est de 1 164 240 euros. Une partie importante sera subsidiée. Nous approuvons bien évidemment ce projet…mais soulignons que cela reste insuffisant. A Genappe aujourd’hui nous disposons de 144 places d’accueil pour 519 enfants de 0 à 3 ans !

Le parking de l’école de Baisy-Thy est un projet qui répond enfin aux problèmes et risques de la circulation matin et soir dans la rue Godefroid de Bouillon. Ce projet prend les problèmes au sérieux mais nous le trouvons mal pensé, mal conçu au risque de ne pas désengorger le trafic. Enfin son coût est démesuré pour un parking. C’est du gaspillage d’espace et d’argent public. On flirte avec les 250 000 euros !

Enfin le futur pôle cultuel a lui aussi été présenté comme "Le" projet phare de la législature. Pôle culturel rassemblant de nombreux acteurs culturels au 38 rue de Bruxelles. Et nous nous en réjouissons. Toutefois nous ne cernons pas encore quel sera le projet ni ne percevons son identité.

Pas un conseil communal ne se passe sans que le groupe Ecolo ne mette un point à l’ordre du jour. Mais à quel prix.

Trop de lenteur, trop de promesses non tenues constatons-nous avec désolation. Peu d’écoute aussi. Pourtant notre combattivité reste intacte. Au profit de notre vision de la société : celle qui sera tournée vers l’avenir, innovante, qui prendra ses responsabilités dans tous les domaines de la vie quotidienne.

Pour moi l’opposition politique a une réelle fonction : celle de bousculer, de souligner, d’être vigilant, de stimuler les échanges, de rappeler et aussi de surveiller. Et non celle d’approuver, de ne rien dire, de se taire. Ou d’attendre notre tour. Nous devons, au nom des citoyens que nous représentons, jouer ce rôle-là et non un autre. Avec le plus d’honnêteté possible pour que notre vision de la société bouscule une autre vision, et que peut-être les choses changent. Nous bousculons non pour le plaisir mais bien plus par conviction et devoir citoyen d’empêcher l’autosatisfaction, le repli.

J’ai une idée très claire de ce rôle de conseiller dans l’opposition : un rôle qui va justement du conseil à l’opposition quand nous ne sommes pas d’accord parce que nous constatons un dysfonctionnement ou une erreur. En deux ans, j’ai pu constater toute l’ampleur du fonctionnement de notre majorité : Les élus sont les décideurs, les détenteurs du pouvoir, ils ont raison, foncièrement raison. Flirtant parfois avec une forme d’enfantillage qui surprend toujours. Combien de fois n’avons-nous pas entendu « il fallait faire plus de voix en octobre 2012 » ou encore « Quoi que vous pensiez, je m’en fous ». Il faut l’entendre pour le croire. En effet, en séance de conseil, le débat et l’échange sont évacués trop souvent. Au profit d’un jeu de ping-pong. A coups d’arguments, de phrases toutes faites… L’échange n’existe pas.

Gérardementvuça… me suis-je dis plus d’une fois à la sortie d’un conseil. Un semblant de débat démocratique est proposé dans les commissions. Tiens parlons-en : elles deviennent un peu les poubelles de ce qui ne se discute pas. Ce qui dérange, perturbe ou bouscule est évacué vers les commissions. Mais telles que mises en place avec des règlements et des compositions telles que ceux qui nous sont proposés, le débat y est difficile. Encore davantage quand elles ne se réunissent pas, ou quasiment jamais.

En plus, la majorité se permet beaucoup de choses : insinuer la non-maîtrise des dossiers, insinuer que le PS n’a pas d’avis, ne pas écouter certains conseillers, rire quand d’autres prennent la parole et j’en passe ; cela est insupportable. Insupportable aussi cette manière de vouvoyer quand on n’est ni d’accord ni content et de tutoyer dans les cas inverses. Insupportable aussi cette manière d’aller boire un verre dos à dos après le conseil. Ou encore ces maladresses qui en disent long : quand un nouveau conseiller communal MR prête serment les bulles pétillent dans les flutes…pour ceux de l’opposition les flutes restent dans les armoires !

Quand un conseiller bouscule les idées ou souligne des manquements, le débat est vite clos. Avorté. Parce que le débat dérange et déstabilise. Personne n’aime se sentir déstabilisé. Mais ce ne sont pas les personnes que nous souhaitons déstabiliser, ce sont les idées. Parce que c’est là l’essence même de l’échange et de la liberté. Nous ne partageons ni les même rêves, ni les mêmes visions, certes. Qui a tort qui a raison. Peu importe. L’important n’est pas là. L’important serait de pouvoir raconter nos rêves. Et de les expliquer.

Ma désillusion est grande. J’avais une idée plus conviviale et plus palpitante de la politique locale. Mais mes rêves restent intacts. Voire renforcés. Surtout dans les matières que j’affectionne : je continue de rêver d’une autre école ; d’une culture-poumon d’une commune et d’une jeunesse à qui on accorde une place démesurément grande. C’est pour cela que je continuerai.

Anne Beghin