Monsieur le bourgmestre,
Mesdames et Messieurs les Echevins,

Cette enquête publique me donne, une fois de plus, l’occasion d’exprimer librement mon analyse de ce projet que j’estime essentiellement politique, porté par une majorité absolue, sans ouverture, sans partage, sans concession, totalitaire. Je sais que mon opinion sera largement récusée mais notre Démocratie me donne la liberté d’exprimer mon sentiment à propos de ce dossier, et je ne m’en priverai donc pas.

Le territoire communal est un bien commun appartenant à tous ses habitants, actuels et futurs, et pas seulement à des élus de passage. Ceux-ci exploitent trop souvent ce bien comme une vulgaire marchandise et poursuivent des objectifs souvent déphasés avec les souhaits de leurs administrés, incohérents avec une vision stratégique de leur territoire, aux risques financiers hasardeux et, parfois même, absents de tout sens des responsabilités.

Aujourd’hui, la mise en œuvre de la ZACC du Pavé St Joseph, est un projet vaniteux, mensonger et inutile. Il met en danger une importante réserve foncière pour les générations futures, il saccage d’excellentes terres agricoles et se proclame écologique (éco-quartier) pour mieux attirer les incrédules. Ce projet, à haute valeur financière pour le promoteur est une insulte à la démocratie participative et montre à quel point l’arbitraire, l’abus de pouvoir et les ambitions de certains peuvent détruire toute confiance au profit de spéculations et d’impératifs économiques ridicules.

La lecture de tous les documents relatifs à l’enquête publique souligne à quel point le monde politique est plus sensible à la rentabilité financière de ses projets qu’à une vision globale de l’aménagement de son territoire, à l’intérêt général de ses administrés et à un réel dialogue avec sa population. Autant le pouvoir peut être porteur d’espoir, autant son abus le rend sourd et stérile !

Quant à ce permis d’urbanisation, de trop nombreuses zones d’ombre persistent au sujet des intentions réelles des autorités et du promoteur. Est-ce le projet de réaliser un éco-quartier, doté d’une véritable valeur environnementale, ou bluffer de naïfs acheteurs afin de récupérer rapidement l’investissement ? A la lecture des documents, le vertige de la grande illusion entraîne le lecteur dans de profondes interrogations. Ainsi :

 Pourquoi mettre en œuvre un site de 7,95 Ha alors qu’en face aucune décision n’est encore prise sur son devenir ? L’étude globale des deux projets saute pourtant aux yeux !

 Est-ce réellement un éco-quartier ou un quartier classique qui sortira de terre ? – Qu’est ce, en fin de compte, qui le différencie ce nouveau d’un lotissement classique ?

 L’adoption des critères du Référentiel wallon « Quartiers durable » édité par le SPW (DGO4), ne serait-il qu’un leurre ?

 Quels sont réellement les 20 critères de ce référentiel wallon qui portent ce projet ?

 Pourquoi augmenter de 1,5 à 1,9 le coefficient des parkings par logement ?

 Quelle sera la densité réelle des logements ?

 Quelle est la bonne référence pour déterminer leur nombre, la densité nette ou la brute ?

 Quel sera donc le nombre réel de logements ?

 Pourquoi une quarantaine de ceux-ci ne sont-ils incertains ?

 La F.E de Loupoigne et le C.P.A.S de Genappe seraient-ils toujours en pourparlers avec Matexi ?

 Pourquoi ne cèderaient-ils pas leurs terrains en échange de compensations sociales d’intérêt général ?

 Quel sera le nombre réel de nouveaux habitants ?

 Les 800 sur lesquels l’E.I.E se base pour réaliser ses projections seront-ils plus nombreux ?

 Les critères adoptés par l’I.W.E.P.S pour déterminer l’évolution démographie de Genappe, il y a plusieurs années, sont-ils suffisamment fiables pour extrapoler sur l’avenir ?

 Faute d’infrastructures de transport performantes (train – tram – bus) comment se déplaceront réellement les nouveaux habitants ?

 Quid de la création d’une crèche ? – Avec quels partenaires ? – L’O.N.E a-t-elle été consultée ?

 Quid de la construction d’une maison citoyenne publique, avec quels partenaires, quelle superficie, quels besoins réels ?

 Quid de la présence de l’Horéca ? – Une étude de marché a-t-elle été menée ?

 Quelle architecture, passive, basse énergie ou classique ?

 Quelle sera la garantie d’un faible P.E.B et d’un coût d’exploitation les plus faibles possibles ?

 Quelle sera l’énergie primaire, celle utilisée pour le chauffage ?

 Pourquoi l’autorité n’impose-t-elle pas le type d’énergie primaire ?

 Pourquoi ce choix est-il laissé à l’appréciation unique du constructeur ?

 Le projet de bio méthanisation, avec son potentiel énorme de production de chaleur et d’électricité, sera-t-il partenaire de cet éco-quartier ?

 Les autorités ne devraient-elles pas conclure des accords, dès à présent, et finaliser une décision ?

 La consommation d’énergies locales dans ce nouveau quartier n’est-elle le propre de sa durabilité ?

 En cas de très fortes pluies, comme celles des 7 et 22 juin dernier, l’évacuation des eaux usées et pluviales est-elle garantie sans risques et dommages majeurs pour les habitants et les riverains ?

 Ces pluies des 7 et 22 juin ont-elles dépassé les prévisions centennales ?

 Des hauteurs de 37 mm à Uccle ou de 61 mm à Rumillies ou de 44 mm à Seneffe, en peu de temps, ne prouveraient-elles pas que les bassins de rétention et les noues sont largement insuffisants pour contenir de tels volumes d’eau ?

 Quels seront les coûts réels des logements TVAC ou HTVA ?

 Quel sera l’impact de la durée du chantier sur ces coûts ?

 Quels seront les modèles d’actes notariés de copropriété que les habitants devront signer pour les bâtiments groupés ?

 La coulée verte ne serait-elle qu’une vue de l’esprit qui s’arrête au site protégé ?

 Les axes visuels sur la chapelle ne sont-elles pas de lignes brisées ou encombrées d’arbres ?

 Le bail emphytéotique concernant les silos ne pourrait-il être rompu pour démolir ces silos qui enlaidissent le paysage et le panorama des futurs habitants ?

 Par quelle convention les habitants seront-ils liés entre eux ?

 Quel sera encore le dialogue futur entre le promoteur, qui d’autorité l’a interrompu, et le comité de quartier imposé par le Dialogue compétitif ?

 Quel sera le coût d’entretien des espaces verts, des noues, des voiries, de l’éclairage public ?

 Quel sera l’impact de ce quartier sur les finances communales ? Une analyse financière de cet impact existe-t-elle à l’administration communale ?

 Comment le tri sélectif des déchets sera-t-il réalisé ?

 Les bulles enterrées ne se retrouveront-elles pas dans la nappe phréatique ?

 Quels seront les risques réels d’inondations et l’impact des eaux pluviales en aval du site ?

 Malgré l’étude du risque avec une pluie centennale, l’étanchéité du site ne pose-t-il pas un réel problème ?

 Pourquoi l’autorité, propriétaire du site, n’impose-t-elle pas davantage de logements sociaux ?

 Les nombreuses recommandations de l’auteur de l’E.I.E seront-elles suivies ou mises à l’écart, trop onéreuses ?

 Le phasage en trois étapes et la durée du chantier ne risquent-t-ils pas d’exaspérer la population ?

 Pourquoi, la quantité de déblais est-elle supérieure à celle des remblais et pourquoi, le promoteur n’en tient-il pas davantage compte pour réduire le nombre de camions (plus de 2300) ?

 La vente des logements par Matexi ne conditionnera-t-elle pas l’avancement des phases ?

 Cette vente ne conditionnera-t-elle pas le développement d’autres projets dans le centre de Genappe et sur le site de l’ancienne sucrerie ?

 Les autorités ne sont-elles otages du promoteur ?

 Pourquoi, d’ailleurs, le bourgmestre répond-il lui-même aux questions posées par le public à Matexi lors de réunions d’information ? Serait-il le porte-parole du promoteur ? Ne devrait-il pas rester neutre ou s’abstenir de commentaires arbitraires ?

 Des délais, assortis d’astreintes, ne devraient-ils pas être exigés du promoteur ?

 L’action en cours devant le Conseil d’Etat pour annuler le R.U.E n’est-il pas l’épée de Damocles du projet ?

 Ne serait-il pas prudent, dans l’intérêt de toutes les parties et notamment de la population, d’attendre cet arrêt du C.E ?

Avec toutes ces interrogations et ces doutes et tant qu’un projet intégrant l’ensemble du site de l’ancienne sucrerie ne pas sera étudié sérieusement et concomitamment avec cette ZACC, je m’oppose à ce permis d’urbanisation. Je m’y oppose tant que des contraintes urbanistiques, techniques, environnementales, sociales, humaines plus exigeantes ne seront pas imposées au promoteur pour créer un éco-quartier digne de ce nom, porteur d’espoir pour les générations futures, un vrai quartier du 21ième siècle.

Sachant la bienveillante attention que vous réserverez à ce courrier, je vous prie, Monsieur le bourgmestre, Mesdames et Messieurs les Echevins, de croire en ma considération distinguée.

Daniel Detienne

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