Les cantines scolaires…c’est notre affaire


Au niveau de la politique locale, chaque élu et chaque groupe politique représentent et expriment certaines valeurs. On peut ne pas partager les mêmes opinions. On peut ne pas être d’accord. On peut se compléter ou s’opposer. On peut défendre des points de vue diamétralement différents. Toutefois il y a une dimension sur laquelle on doit s’accorder c’est l’avenir des enfants, l’avenir de nos enfants. Il est hors de question d’hypothéquer la seule richesse que nous avons en commun : la jeunesse. C’est la seule richesse durable. Ecolo Genappe rejette le choix de la Ville quant au fournisseur de ses cantines scolaires. Pour cette rentrée 2013, le choix s’est porté sur Sodexo. Ecolo rejette aussi le nouveau tarif des repas scolaires, hors de prix et non justifié.
Oui nous rejetons et critiquons cette décision et surtout la procédure en amont qui a conduit les élus à choisir ce fournisseur. Dès le moment où la ville avait décidé de reprendre à son compte les cantines scolaires, elle se devait d’être exigeante, avec des critères stricts. Elle se devait aussi de tenir compte des demandes des parents. Elle se devait de tenir compte de l’actualité et de l’époque. Elle se devait de ne pas choisir la solution facile…le prêt à porter de la nourriture de collectivités. Et lorsque l’on consulte le cahier des charges c’est exactement le sentiment que l’on éprouve…ce sentiment de ne pas innover, de rester dans les sentiers battus. Tout cela à une époque où des documentaires comme « nos enfants nous accuseront » bousculent plus d’une idée, plus d’une habitude…et exigent le changement…chez qui sait le décoder et l’accepter. Le cahier des charges « Préparation et distribution des repas dans les écoles communales-Année scolaire 2013-2014 »ne comporte aucune exigence en matière d’aliment bio ou d’agriculture raisonnable, encore moins locale…ou équitable.
Par conséquent….des questions se bousculent.
* Ne vaut-il pas mieux pas de cantine qu’une cantine mondialement connue pour son caractère d’abord industriel ?
* Ne vaut-il pas mieux mettre fin alors aux repas chauds dans les écoles au profit d’un potage de saison, issu de l’agriculture biologique et locale ?
Bien sûr, en leader mondial, Sodexo n’est pas un débutant sur le plan de sa communication et de son marketing. Nos décideurs seraient –ils tombés dans le panneau des arguments sodexiens sentant si fort le greenwashing ?
Sodexo propose une nouvelle approche de l’alimentation pour les enfants. Son nom « O’gusto » pourrait nous mettre l’eau à la bouche. Mais une analyse rapide de sa charte d’engagement pour les écoles communales de Genappe donne le ton…l’air de rien.
Voici notamment 4 points de la charte qui évidemment (nous) posent question ;

  50% des pâtes sont Bio. Et pourquoi pas 100% ?

  Les légumes sont certifiés Bio à 10% mais tous de qualité différenciée. 10 % de légumes seront Bio. Les 90 autres % ne le seront pas mais rassurons-nous, ils seront de qualité différenciée. Il s’agit ici de fournir aux consommateurs un produit de qualité reconnue en termes de sécurité alimentaire, de préservation de l’environnement ou de qualité gustative et nutritionnelle du produit.

  Les produits laitiers sont Bio à 20%. Et les 80% restants ?

  Les pommes de terre sont 100% d’origine belge, de qualité différenciée, et 5% sont Bio. Cela sous-entend que 95% des pommes de terre qui seront servies aux enfants auront été pulvérisées de 10 à 15 fois.
Il est évident que Sodexo a su s’adapter. Il est évident que Sodexo réalise des efforts, notamment en matière de diversité et d’équilibre. Mais c’est tout. Sodexo reste un groupe mondial, industriel, financier. L’introduction du Bio dans les menus proposés est très peu significative pour Ecolo Genappe mais est toutefois supérieure aux exigences de la Ville.
Sodexo est un groupe qui a diversifié ses missions et ses secteurs d’activités pour rester à la pointe. Sodexo se définit comme comme le Leader mondial des Solutions de Qualité de Vie au Quotidien et ça, c’est déjà tout un programme qui fait sourire ou qui fait peur, c’est selon. En terme de restauration….son image n’a jamais vraiment flirté avec la qualité et le raffinement. Enfin…La traçabilité des aliments est-elle si claire ?
Pour noyer le poisson, rassurer tout le monde et éduquer les écoliers au bon goût des choses, Sodexo, au niveau des écoles, proposera des ateliers, un spectacle autour de l’alimentation saine et durable, mais aussi des potagers en bacs pour les maternelles et j’en passe. Tout cela c’est du Marketing. Rien d’autre. Notons au passage que depuis le printemps 2013, des bacs de légumes ont été installés grâce au mouvement des incroyables comestibles un peu partout dans la commune. Pourquoi ne pas reconnaître ce mouvement et leur suggérer d’installer alors des bacs dans les écoles plutôt que d’accepter un petit bac (trans)portable de Sodexo ?
Pourtant…loin de cette philosophie, chez nous, BioForum accompagne les collectivités à introduire le Bio à long terme dans leurs menus. Elle les met, par exemple, en contact avec des fournisseurs et des producteurs potentiels. Avec l’aide de consultants externes comme Philippe Renard (ancien chef étoilé), BioForum a élaboré des modèles de plans alimentaires et des exemples de menus. Philippe Renart lui-même a transformé complètement la cantine d’Ethias par exemple en une cantine Bio à prix accessible. Et, un peu plus loin en Brabant wallon, les cantines scolaires de 2 écoles communales de Waterloo se sont adaptées et proposent des ingrédients Bio et locaux pour seulement 3 euros/repas/enfant !
A Genappe…les cantines seront toutes gérées de la même manière, par la Ville, ce qui est une bonne nouvelle….cela évite les flous…les différences d’une école à l’autre…etc. Mais là où le bât blesse c’est que le coût augmente d’une part et est surfacturé d’autre part. Si Sodexo demande 3, 12 euros par repas, la ville demande aux parents 4,50euros. Il s’agit bien là d’une taxation sur un service de près de 50% ! Cela nous semble inadmissible et trop cher pour bon nombre de familles.
Quand on veut on peut. Cela demande des efforts, du travail de logistique et d’organisation, parfois du temps. Il s’agit de trouver des fournisseurs, des producteurs spécifiques, capables de fournir suffisamment de produits. Cela pourrait aussi contribuer à développer des filières agricoles locales.
C’est possible d’offrir aux enfants des repas nettement plus sains que ceux proposés par le programme O’Gusto de Sodexo. Les repas Sodexo sont certainement bons au goût et Sodexo y a travaillé. Mais bons ne veut pas dire sains.
Enfin…n’oublions pas le rôle social des cantines scolaires. Pour certains enfants, c’est le seul repas de la journée. Et donc la cantine idéale, n’est-ce pas celle où chacun peut manger à sa faim des produits de qualité.
Nous regrettons le manque de globalisation aussi de ces repas collectifs sur la commune. Les écoles sont concernées…mais aussi le CPAS, le personnel communal ou encore notre resto du cœur local « le p’tit resto ».
La ville en rédigeant son cahier des charges ne favorisait-elle pas d’emblée des fournisseurs tels que Sodexo. Ce n’est pas cette entreprise qui est en cause, mais bien la Ville qui devrait revoir sa copie. Le choix n’est ni judicieux, ni correct. Les prix demandés aux familles ne sont pas justifiés. Chacun peut se tromper. Et le reconnaître.
En attendant Sodexo nourrira les enfants des cantines de Genappe pendant 1 an…

Anne Beghin.

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